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Loi urbanisme 2025 : ce qui change concrètement pour votre extension de maison

La loi Huwart du 26 novembre 2025 simplifie le droit de l'urbanisme et sécurise les projets d'extension : fin d'un blocage historique sur les maisons hors PLU, recours voisins raccourcis, nouvelles protections. Ce que ça change vraiment.

On vous l'a peut-être déjà dit : votre maison ne serait "pas conforme" au PLU actuel, donc impossible d'y ajouter une extension. Ou vous avez entendu qu'un voisin mécontent pouvait bloquer un chantier pendant des mois, sans que vous puissiez grand-chose. Ces obstacles existaient bel et bien — et certains propriétaires y ont effectivement buté. Depuis novembre 2025, une partie de ces règles a changé.

La loi n° 2025-1129 du 26 novembre 2025, dite loi Huwart, a modifié plusieurs dispositions du Code de l'urbanisme. Elle ne réécrit pas tout — et ses limites méritent d'être dites clairement. Mais elle apporte des protections concrètes et des déblocages réels pour les propriétaires qui souhaitent agrandir leur maison.

Votre maison est "hors PLU" ? Ce n'est plus forcément bloquant

C'est probablement la mesure la plus impactante pour les propriétaires du Grand Sud-Ouest.

Depuis 1988 et un arrêt du Conseil d'État dit "jurisprudence Sekler", les mairies pouvaient légalement refuser un permis d'extension au seul motif que la maison existante ne respectait plus les règles du PLU actuel — en matière d'implantation sur le terrain, d'emprise au sol ou d'aspect extérieur. Concrètement : une maison construite légalement dans les années 70 ou 80, avant que le PLU communal n'évolue, pouvait se voir refuser toute extension — non pas parce que l'extension posait problème en elle-même, mais parce que la maison d'origine était devenue "hors gabarit" par rapport aux règles d'aujourd'hui.

Dans les communes périurbaines de Bordeaux, Bayonne ou La Rochelle — où les PLU ont beaucoup évolué depuis la première vague de lotissements — cette jurisprudence a bloqué de nombreux projets pourtant raisonnables.

Le nouvel article L. 111-35 du Code de l'urbanisme met fin à cette situation. Il interdit désormais à une mairie de refuser une extension ou une surélévation sur le seul fondement de la non-conformité de la construction existante aux règles d'implantation, d'emprise au sol ou d'aspect extérieur. Si votre maison a été construite légalement, et si votre projet d'extension respecte les règles actuelles, la mairie ne peut plus opposer le "hors PLU" historique comme unique motif de refus.

Une réserve à ne pas négliger : la loi précise bien "sur le seul fondement". Si votre extension elle-même ne respecte pas les règles actuelles du PLU — hauteur excessive, recul insuffisant, emprise dépassée — le refus reste possible et légitime. Le déblocage s'applique uniquement lorsque le seul obstacle invoqué était l'état du bâtiment d'origine.

Les voisins contestataires ont moins de marge pour manœuvrer

L'article L. 600-12-2, lui aussi créé par la loi Huwart, modifie les règles applicables aux recours contre les permis de construire. C'est un sujet moins médiatisé, mais très concret dans la vie d'un chantier.

Comment ça fonctionnait avant ? Un voisin opposé à votre projet disposait de deux mois suivant l'affichage de votre panneau de chantier pour déposer un recours gracieux auprès du maire. Ce recours "gelait" le délai pour saisir le tribunal administratif : en jouant des deux procédures, un opposant pouvait étirer la période d'incertitude jusqu'à quatre mois — suffisamment pour décourager certains porteurs de projet ou pour négocier des concessions.

Avant la loi Huwart

J0 J60 J120 J180
Recours gracieux
2 mois
Recours contentieux
jusqu'à 4 mois
Retrait administratif
3–4 mois

Depuis la loi Huwart — 28 nov. 2025

J0 J60 J120 J180
Recours gracieux
1 mois
Recours contentieux
2 mois
Retrait administratif
3–4 mois

Les recours de tiers courent en parallèle dès l'affichage du panneau. Le retrait administratif court indépendamment depuis la délivrance du permis.

En pratique pour les recours de tiers : si un voisin veut contester votre permis, il doit désormais saisir le tribunal administratif dans les deux mois suivant l'affichage, qu'il ait ou non déposé un recours gracieux. S'il se contente du recours gracieux sans aller au tribunal dans ce délai, il perd ses droits. La stratégie "double voie" qui permettait de gagner du temps n'existe plus.

Un second mécanisme subsiste indépendamment : le retrait administratif. La mairie peut retirer un permis qu'elle a délivré si elle l'estime illégal, et le préfet dispose de deux mois pour le déférer au tribunal dans le cadre du contrôle de légalité. Ces procédures peuvent intervenir jusqu'à trois à quatre mois après la délivrance du permis, quelle que soit la loi Huwart. Dans les faits, elles restent rares pour une extension résidentielle simple : le préfet n'a pas la capacité d'instruire chaque permis individuel, et un maire retire rarement sa propre décision.

« Si personne ne saisit le tribunal administratif dans les deux mois suivant l'affichage de votre panneau de chantier, vous êtes juridiquement tranquille. La loi Huwart n'a pas changé ce délai — mais elle a supprimé les manœuvres qui permettaient de l'étirer. »
Panneau de permis de construire pour une extension de maison

Point de vigilance indépendant de la loi : l'affichage du panneau de chantier reste absolument indispensable pour faire courir ces délais. Le panneau doit être visible en continu, correctement dimensionné et lisible depuis la voie publique. Tout défaut d'affichage empêche les délais de courir — et expose le porteur de projet à des recours tardifs, même plusieurs années après la fin du chantier.

Trois protections supplémentaires à connaître

La cristallisation des règles pendant trois ans. Une fois votre permis de construire délivré, si votre commune révise son PLU — ce qui arrive fréquemment dans les communes périurbaines du Grand Sud-Ouest — les nouvelles règles ne peuvent pas vous être opposées pendant trois ans. Vous pouvez réaliser votre projet, y compris en déposant un permis modificatif en cours de chantier, sans que des règles adoptées après votre permis initial ne remettent tout en cause. Exception : les exigences liées à la sécurité et à la salubrité publiques restent immédiatement applicables.

La présomption d'urgence en cas de refus de permis. Si votre mairie refuse votre demande de permis de construire ou de déclaration préalable, vous pouvez désormais saisir le tribunal administratif en procédure d'urgence (référé-suspension) sans avoir à démontrer que la situation est urgente — cette urgence est automatiquement présumée par la loi. C'est à la mairie de justifier d'un intérêt public suffisant pour maintenir son refus. Un rééquilibrage notable dans le rapport de force.

Les dérogations au PLU pour surélévations, ouvertes à toutes les communes. Le dispositif permettant au maire d'accorder une dérogation aux règles de hauteur, de gabarit ou d'emprise au sol du PLU pour des projets de surélévation était jusqu'ici réservé aux "zones tendues" des grandes agglomérations. Il est désormais disponible dans toutes les communes de France, y compris les communes rurales et semi-rurales du Grand Sud-Ouest. Cette dérogation reste à la discrétion du maire — mais la possibilité légale existe partout.

Ce que la loi ne change pas — et c'est important de le savoir

La loi Huwart corrige des blocages réels et sécurise davantage les projets d'extension. Elle ne change pas les règles de base qui encadrent la démarche administrative.

Les seuils déclaration préalable / permis de construire restent inchangés. La frontière entre les deux régimes n'a pas bougé : jusqu'à 40 m² de surface de plancher ou d'emprise au sol en zone U d'une commune dotée d'un PLU, jusqu'à 20 m² dans les communes sans PLU ou en zone agricole et naturelle. Au-delà, un permis de construire est nécessaire. Et dès lors que la surface totale du bâtiment — existant plus extension — dépasse 150 m², le recours à un architecte devient obligatoire.

Le PLU de votre commune s'applique toujours. La loi ajoute des cas où certaines règles peuvent être contournées, mais elle n'empêche pas les communes d'avoir des PLU restrictifs sur les hauteurs, les retraits ou les matériaux. Dans les secteurs protégés — AVAP, sites classés, zones de protection du patrimoine architectural —, les règles spéciales restent inchangées.

Les zones inondables et les risques naturels ne sont pas touchés. Dans le Grand Sud-Ouest, une part significative des parcelles est concernée par un Plan de Prévention des Risques Inondation (PPRI) ou un Plan de Prévention des Risques Incendie Forêt (PPRIF). Ces plans définissent leurs propres contraintes — parfois très restrictives — indépendamment du PLU et de la loi Huwart. Si votre parcelle est en zone rouge ou bleue d'un PPR, les limitations subsistent intégralement.

La fenêtre de recours des tiers reste deux mois. La loi réduit le délai du recours gracieux et supprime son effet prorogateur, mais le délai pour saisir le tribunal administratif reste deux mois à compter de l'affichage continu du panneau. Ce délai reste la vraie période de vigilance pour tout porteur de projet.


Au global, les conditions réglementaires pour agrandir sa maison sont aujourd'hui plus favorables qu'elles ne l'ont été depuis longtemps : moins de blocages historiques sur les bâtiments anciens, moins de manœuvres dilatoires possibles, plus de protections si votre permis est refusé. Si votre projet est encore au stade de la réflexion, c'est un contexte qui mérite d'être exploité.


Sources : LOI n° 2025-1129 du 26 novembre 2025 de simplification du droit de l'urbanisme et du logement (JORF du 27 novembre 2025) ; articles L. 600-12-2 et L. 111-35 du Code de l'urbanisme (versions issues de la loi) ; Décision du Conseil constitutionnel n° 2025-896 DC du 20 novembre 2025 ; CEREMA — dossier loi Huwart (outil2amenagement.cerema.fr) ; ANIL — analyse de la loi du 26 novembre 2025 (anil.org) ; Gossement Avocats — analyse du contentieux de l'urbanisme post-loi Huwart ; Banque des Territoires — Ce qu'il faut retenir de la loi Huwart.

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